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A
bord d'un voilier effilé comme une bête de course mais équipé comme
une maison de vacances, cap sur Porquerolles, Port Cros et les Calanques.
Campé sur le pont du bateau, on est abrité du soleil par
une tenture qui claque mollement dans la brise. Les olives sont juteuses
et la fougasse fondante. Un verre de pastis glacé à la
main, les pieds nus posés sur le bois chaud, on se félicite
de ne pas être sur les (belles) plages de Porquerolles. "Les
terriens", eux, ont pour seul horizon la mer. Elle ne peut rivaliser
avec le panorama qu'on savoure côté face, loin de la foule
: sous les vallons tapissés de vignes et de champs de lavande,
l'anse de sable est si blanche qu'on la surnomme "Plage d'Argent",
l'eau tellement limpide qu'on distingue les mérous batifolant
six mètres plus bas.
Tout a commencé deux jours plus tôt, dans le port de Hyères.
L'Althéa, une goélette de seize mètres, attendait
les futurs moussaillons au mouillage. Le temps de grimper à bord,
d'ôter ses chaussures pour les oublier dans un panier dont elles
ne ressortiraient plus de la semaine, on se prenait pour des Robinsons
des mers. Cheveux en bataille (la faute au vent) et maillot de bain de
rigueur, on était fin prêt pour attaquer la dure mission
de la semaine : explorer l'archipel des îles d'Or, au large de
Hyères, puis les calanques de Marseille, en passant par l'île
des Embiez, Sanary-sur-mer et Cassis. Des escales variables, selon les
conditions météo (le mistral est coquin) et l'humeur des
matelots (nous).
Dans la foulée, Alain et Martine, seconde à bord, nous
faisaient les honneurs du bateau. Sur deux niveaux, c'est une petite
merveille de l'architecture marine. Quatre cabines doubles et trois salles
de bain, ingénieusement imbriquées, composent le pont inférieur.
Sur le pont supérieur, il y a un grand carré (une salle à manger
où l'on se réfugie quand il pleut) et une cuisine où Martine
mijote ses petites merveilles. Tous ses bocaux d'épices sont attachés
aux parois, pour ne pas basculer à la première vague. Même
le four est monté sur bascule, pour rester à l'horizontal
dans la tempête. Côté déco, c'est bois verni
sur les murs et cuir pour les fauteuils. On se croirait dans un hôtel,
sauf que ça flotte. Le tableau de pilotage, la table à carte
marine, la radio qui crachote ses bulletins météo et la
lampe tempête sont là pour le rappeler. Le roulis aussi
! Huit passagers maximum embarquent chaque semaine. Ce coup ci, on fait
partie des veinards. Gonfle la voile, souffle le vent, on est partis
!
Texte
Guylaine IDOUX - Photos Matthieu COLIN ©
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