|
Le plus grand marais de France est aussi l’un
des plus secrets. Pour la pénétrer au cœur, il faut plus
qu’une paire de jumelles. Il faut écouter ses traditions.
Se découvrir
ornithologue d’un jour. Certaines portions de marais ont été aménagées
de façon à découvrir la faune et la flore sans gêner
les oiseaux. Au choix : visites libres ou guidées, à pied ou
en calèche, ou encore avec un guide naturaliste, pour mieux pénétrer
les coulisses du monde insoupçonné qui palpite derrière
les images de carte postale : hérons, aigrettes, busards, cigognes,
guêpiers... Avec 350 espèces répertoriées, les
oiseaux ont fait de la Camargue leur royaume, le plus grand centre migratoire
d’Europe
Les manades, des ranchs à la française. La
manade, c’est le « ranch » à la camarguaise, un élevage
de taureaux trapus et de chevaux « Camargue » blancs. Une bonne
vingtaine de ces manades sont ouvertes au public. Au programme : exploration
des élevages à cheval ou en charrette, suivis de spectacles
taurins, où des gardians poursuivent à cheval un taurillon qui
sera marqué à l’insigne de la manade. Une poignée
de manades prolongent le charme en vous accueillant pour la nuit, pour
dormir au milieu des taureaux.
Le
gardian, bénévole passionné. Sa
silhouette est emblématique des paysages camarguais : planté sur
sa selle western, chapeau à larges bords sur la tête, le gardian
chevauche au fil des étendues immergées. Ce métier est
en voie de disparition. En semaine, les gardians du 21ème siècle
sont instituteurs, ingénieurs ou boulangers. Le week-end, ils viennent
donner un coup de main aux manadiers. Le travail reste aussi rude que par
le passé : nourrir le bétail, le marquer au fer rouge (lors
des ferrades), le préparer pour les courses, les corridas et les abrivados
(conduite d’un groupe de taureaux). Puis vient l’heure de la reconnaissance
: à la feria, quand les gardians traversent la ville au grand galop,
derrière le lâcher de taureaux.
Le riz se met au bio. 25.000 hectares
de rizières habillent les paysages camarguais. Elles représentent,
derrière le tourisme, la principale ressource de Camargue. Avec une
production de 110.000 tonnes par an, cette agriculture représente 5%
de la consommation nationale et la plus importante production de France !
Depuis quelques années, les pesticides utilisés dans cette culture
sont accusés de mettre en péril l’immense richesse de
la faune et de la flore locale. Une poignée de producteurs s’est
donc mise au bio.
La mode gitane essaime. En Camargue, les gitans sont
chez eux, notamment durant le pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-Mer au
mois de mai, l’unique point de rassemblement mondial de cette population
nomade. Forcément, les traditions gitanes ont donné des idées
aux créateurs locaux : bijoux d’argent, fichus, robes à volants
ou à pois ont envahi les boutiques qui bordent les ruelles pavées
des Saintes-Maries-de-la-Mer… Même la roulotte a été détournée
: certaines roulottes sont devenues chambre d’hôtes, avec broderies
colorées, dentelles et couvre-lits en patchwork…
Le sel ou le
caviar camarguais. Les plus grands salins d’Europe se trouvent au cœur
de la Camargue. Impossible de l’ignorer quand la route se met à longer
les pyramides blanches scintillantes (les seules « montagnes » du
delta !). 800.000 tonnes de sel produites chaque année sont destinées à l’industrie
et au d éneigement
des routes.
Texte
Guylaine IDOUX - Photos Matthieu COLIN ©
|